HAÏTI : REJET versus PROJET ?
La grande tendance de nombreux analystes politiques improvisés et de remarquables historiens de plateau est de réduire lamentablement certains mouvements sociopolitiques à des faits populaires isolés, n’ayant aucun impact sur l’histoire longue d’un peuple ou d’une communauté humaine quelconque. Ces analyses à courte vue portent préjudice à toutes démarches de redressement de la chose publique, parce qu’elles ignorent la profondeur du mal à juguler et la nécessité d’interventions adéquates et soutenues.
Pour ce qui concerne singulièrement le Mal Haïtien, issu principalement de l’esclavage sauvage et de la Colonisation morbide, il convient de considérer le REJET SYSTEMATIQUE comme la caractéristique principale du comportement des esclaves de Saint-Domingue, tout au long de leur fabuleux combat pour la liberté. ‘’LIBERTE ou LA MORT : cette conviction est demeurée le leitmotiv de toute démarche de rédemption de ce peuple. L’histoire politique haïtienne est jalonnée de divers mouvements qui, imprégnés de ce sentiment profond de rejet, ont pénétré et exorcisé le Mal endémique, en s’efforçant d’extirper ‘’ce mauvais colon français’’ du subconscient de l’esclave nègre devenu citoyen haïtien. Parmi ces mouvements de rejet, on peut signaler :
- Le ‘’Koupe tèt Boule kay ‘’ de Jean-Jacques Dessalines,
- L’assassinat du Président Vilbrun Guillaume Sam et de son Général Charles Oscar, à la suite des crimes du régime,
- Le ‘’Roulo Kompresè La Saline‘’ de Daniel Fignolé,
- Le ‘’Pè Lebren’’ du ‘’Mouvman Lavalas’’,
- Le ‘’Bwa Kale’’ et le Commissaire Muscadin.
Ces démonstrations audacieuses et sanglantes, à commencer par la Guerre de l’Indépendance elle-même, face à des situations de massacres, de crimes abominables, de corruption scandaleuse et de népotisme indécent, face à cet environnement de désespoir total orchestré par des responsables gouvernementaux, ces démonstrations sont les manifestations répétées de ce REJET inaliénable vis-à-vis du monde colonialiste occidental et de sa politique de domination.
Absorbé par l’incontournable besoin de lutter contre les invasions périodiques des Colons prédateurs, le valeureux peuple haïtien n’a pas souvent le loisir d’élaborer un PROJET quelconque de développement. Dans cette lutte interminable contre les ennemis de la Patrie, tant ceux de l’extérieur que parmi les indignes héritiers de 1804, les autorités haïtiennes semblent ne plus avoir aucune capabilité d’envisager même, ne serait-ce qu’un embryon de Planification d’une société moderne digne de ce nom. Nous sommes exceptionnellement solidaires, engagés, déterminés à rejeter toutes démarches d’obstruction à nos libertés fondamentales, mais une fois les responsables de ces obstacles éliminés par le ‘’légendaire déchouquage’’, c’est le désengagement total ou la confusion incroyable concernant la mise en place d’un Projet de construction valable pour le Renouveau. Aucune raison d’espérer, compte tenu de la dégradation continue de la situation et la passivité des citoyens.
Aujourd’hui encore, il est étonnant, dégoûtant même d’assister à l’impuissance, à l’incompétence, à l’indifférence et au cynisme des divers gouvernements haïtiens face au déferlement des gangs armés qui terrorisent des populations réduites à l’état de zombis. L’absence déplorable d’une politique haïtienne authentique laisse la porte grande ouverte aux envahisseurs de tous acabits qui ne se soucient que de leurs intérêts, au mépris des souffrances inouïes d’un peuple forgeur de liberté et propagateur de dignité.
Faut-il encore espérer contre toutes espérances ?
GTG/ février 2025