En hommage à l'immortel Frankétienne

Requiescat in Pace

Propos de circonstance

Dans une existence, il est de grandes joies qui nous comblent d’un bonheur indicible, tandis qu’il est des douleurs extrêmes qui nous plongent dans un état de prostration. Tel est mon cas aujourd’hui avec le départ de mon providentiel bienfaiteur, le professeur Franck Étienne. 

            En effet, mon cœur et mon esprit ne peuvent se soustraire à ma dette de reconnaissance envers cette figure prestigieuse qui a voué sa vie à enrichir les esprits de la jeunesse estudiantine de la République. Je parle en connaissance de cause, du fait que je suis moi-même un heureux bénéficiaire de cette manne culturelle si exceptionnelle. Les quelques mots qui vont suivre aideront sans aucun doute, à mieux saisir toute la profondeur de mon immense chagrin.

            1975, une année inoubliable pour moi. Je fais mon bac. tout      en occupant un bon emploi qui m’offre la possibilité de payer mes études au COLLÈGE LES HUMANITÉS, ayant pour Directeur le flamboyant professeur Franck Étienne. Quel privilège ! Mon avenir s’annonce donc radieux. L’allégresse semble fixer sa demeure dans mon âme juvénile. Mon esprit se remplissait de rêves grandioses. Mais, comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage, un terrible malheur m’a frappé de plein fouet, pour me ramener à la réalité. J’ai perdu mon emploi. Du coup, pour moi, tout s’écroule. Que vais-je devenir mon Dieu ? Les ténèbres m’environnent. La peur me saisit comme dans un étau.

            C’est à ce moment crucial de ma vie, qu’une sorte d’illumination s’empare de mon esprit, avec une sorte de leitmotiv : Va trouver le Directeur ! Va trouver le Directeur ! J’avais la nette impression qu’une voix inaudible me dictait tout bas la voie à suivre. Je me présente donc devant le Directeur, le cœur battant, la gorge un peu sèche. L’émotion sans doute. Je lui explique ma situation. Je crois que je tremblais un peu.  Sans argent, je dois abandonner mes cours. Il m’écoute sans m’interrompre. Lorsque je termine, il me dit calmement : « C’est bien ! Tu vas terminer tes cours. Tu auras ta fiche pour l’examen, et j’attends les résultats. »

           Ces quelques mots viennent de m’ouvrir les portes du paradis, sans passer par la mort. Comme dans un rêve éveillé, je flottais à travers une sorte de lumière irréelle. Moi, au bord du désespoir il y a un instant, me voilà revenu à la vie. Une sorte de résurrection. J’ai senti tout à coup un vif désir de chanter, de crier mon bonheur et de pleurer à la fois. 

           Ah ! la vie ! Quel contraste en si peu de temps ! Alors, aujourd’hui, comment puis-je retenir les larmes de mes yeux ? L’homme au cœur si riche en bonté et qui m’a permis de devenir ce que je suis aujourd’hui, vient de franchir dans la gloire la porte de l’Éternité bienheureuse. Professeur Étienne, plantez, je vous en prie, mes éternels hommages dans le jardin de Dieu. Pour moi, vous n’êtes pas mort. Vous resterez à jamais gravé dans mon esprit, et les derniers battements de mon cœur seront pour vous.

          Je veux saisir cette occasion pour présenter mes plus sincères condoléances à l’épouse du Professeur Franck Étienne, à ses enfants, et à tous les autres membres de la famille si cruellement éprouvée par ce départ soudain et éminemment douloureux.

Professeur Willy Jean François

Queens N.Y. U.S.A.

22 février 2025

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