Discours de jubilée. Promotion Félix Coicou, 1963-1969

Par le docteur Jean-Robert Mathurin

"Excellence, monseigneur."

"Cher camarade jubilaire,"

"chers parents et amis."

Mon émotion et ma fierté sont grandes d'être le porte-parole de la promotion médicale 1969 de la faculté de médecine de l'Université d'État d'Haïti, encore dénommée..." Promotion docteur Félix Coicou”.

Faisons un bond gigantesque de 56 ans en arrière pour tomber à la date du lundi 7 octobre 1963."

Ce matin-là, d’un pas mal assuré, mais l'imagination en fanfare. nous avions franchi les portes de l’Alma Mater, prêts à apprendre les futurs combats anticipés de nos six prochaines années de formation médicale."

"Nous étions la plus grosse promotion d'impétrants jamais admise à notre faculté de médecine."

Nous étions 156 étudiants, conscients d’être des privilégiés à qui le destin offrait une opportunité unique, celle de mériter d’être partie prenante d’une élite avec des devoirs de réciprocité. Nous étions la 33e promotion à entrer à la nouvelle faculté de médecine de la rue Oswald Durand. 

Inauguré en octobre 1929 sous l'égide du service d'hygiène, ancêtre du MSPP d'aujourd'hui, cette faculté de médecine remplaçait l’ancienne École de Médecine, fondée en 1830 sous la présidence de Jean-Pierre Boyer et dont le premier doyen fut le docteur Louis Audain.

Ces locaux étant tombés en désuétude, écroulant sous le poids des ans et de l'incurie administrative, l'occupant américain prit en 1927 la décision opportune de construire une nouvelle faculté de médecine en Haïti, au moment où les autorités de santé publique des États-Unis réévaluaient toutes les institutions similaires de leur pays d'origine."

Notre pays bénéficiera alors de deux nouveaux établissements d'enseignement supérieur. Un, la faculté d'agronomie à Damier, deux, la faculté de médecine à Port-au-Prince." Le premier doyen de la nouvelle faculté fut le docteur Justin Dominique, l'un des plus éminents médecins haïtiens de l'époque. Il était considéré comme le plus brillant."

Ce bâtiment remarquable mesurait 48 mètres de long sur 16 mètres de large." Il s'étalait sur deux niveaux agencés en style néoclassique, soutenus par une colonnade périphérique de quatre-vingt-huit piliers sobres et dépouillées de style dorique grec. Des annexes la complétaient à l’arrière, dont la longue suite à un niveau logeant les première et deuxième années, actuellement renommées PCEM 2 et PCEM 3. L'ensemble formait un complexe de six salles de classes que complétaient trois sections."

  1. La grande cuve de formol où baignaient les macchabées, prête à alimenter en début de semaine les six tables de dissection pratique.
  2. L’amphithéâtre semi-oculaire de 76 places assises où officiait notre professeur de médecine opératoire, le docteur Paul Bonhomme, que nous appelions familièrement Boss Bo.
  3. La salle d’autopsie et la section d’anapatho que dirigeait superbement notre vénéré professeur, le docteur Verniaud Péan. 

À son inauguration, cette nouvelle faculté de médecine était unanimement considérée comme la plus moderne de la Caraïbe, concurrencée uniquement par celle de La Havane, à Cuba. En Amérique centrale, seule celle du Mexique lui était comparable. C’était donc du beau travail. 

Prévue pour 40 étudiants, on y accédait sans concours d’admission, sur simple présentation de son diplôme de baccalauréat deuxième partie, apanage alors d’une petite minorité.

Pour mémoire, quand vous et moi avions passé le baccalauréat I, tous les candidats composaient à l’École République du Venezuela, qui se situait sur la Place de la Cathédrale.

Le baccalauréat deuxième partie, que vous aviez passé au plus tard en 1963, se déroulait au Lycée du Tricentenaire, aussi appelé Lycée des Jeunes Filles, situé rue Capois. Ce lieu était l’unique centre d’examen à l’époque, et c’est un souvenir marquant de votre génération.

L’admission était donc circonscrite à un très petit nombre. Verrouillage supplémentaire : la participation, de fait, était extrêmement élitiste. Des règles non écrites, mais bien réelles, la soumettaient aux rigueurs de la sélection naturelle et du darwinisme social de l’époque.

Il était de coutume, disait-on, que les grands noms de la médecine de l’époque détenaient priorité et préséance pour leurs rejetons. Et ce n’était qu’une fois ces derniers casés que les applications venant des surdoués de certaines grandes écoles de la capitale, comme Saint-Louis de Gonzague, le Petit Séminaire Collège Saint-Martial et le Lycée Pétion notamment, étaient sérieusement considérées.

Ces pratiques occultes ne doivent pas nous surprendre, car elles étaient monnaie courante en France sous la Troisième République, notre modèle d'alors. …quand il s’agissait de filtrer l’accès aux grandes écoles, d’où sortiraient plus tard les futurs dirigeants de l’Hexagone.

Mon père, le docteur Augustin Maturin, qui fut toute sa vie un médecin généraliste dédié à sa communauté de la Place de la Cathédrale, eut l’insigne privilège d’être membre de la première promotion entrant à la Faculté. 

Charnellement attaché et reconnaissant à son alma mater, dont il suivait attentivement l’évolution, il aimait également taquiner la muse dans la manière et le goût du temps. Il m’a souvent décrit la faculté de médecine de son époque comme un royal manteau d’hermine, taché discrètement de quelques abeilles plébéiennes. 

Les premiers élus se recuitaient prioritairement chez les nantis du savoir et de l’avoir. Il fallait laisser le temps au temps pour que la glaise hétéroclite de la promotion entrante devienne une maçonnerie …solide à la promotion sortante, même si ces promotions ne comptaient qu’une vingtaine d’étudiants. 

C’était à l’occasion un spectacle surréaliste que d’assister au défilé des étudiants, paradant comme des paons : canotier sur la tête, complet-veston trois-pièces bien ajusté, faux col immaculé, rigide et blanc, soigneusement agrémenté d’une cravate ou d’une rosette bien assortie et, cerise sur le gâteau, une superbe canne à la main : la badine. Certains étudiants ne dédaignaient pas arborer des guêtres de couleur blanche, bien ajustées, sur leurs bottines vernies.

 Une abeille ouvrière butinant studieusement, égarée dans son rôle, se remarquait immédiatement dans cette assemblée éclectique et haute en couleurs. Des étudiants anglais des chasses gardées britanniques de Cambridge ou d'Oxford n'auraient rien trouvé à redire. Les étudiants en médecine de cette époque révolue aimaient être sur leur trente-et-un.

Quand mon vieux père passa l'arme à gauche en 1993, il avait eu la satisfaction de voir, depuis belle lurette, de solides promotions médicales d'une centaine d'étudiants de toute provenance et de toute culture, très confortables et très appréciés dans leurs chemises à col ouvert et dans leurs jeans délavés. Les choses ont heureusement bien changé, me disait-il d'un air malicieux et d'un regard pétillant. Notre faculté de médecine s'était finalement démocratisée.

Nos premiers jours à la faculté se déroulèrent dans une ambiance bon enfant et rassurante. Nous eûmes même droit à la visite d'une délégation d'aimés de la quatrième année académique présidée par le premier lauréat de la promotion, l'étudiant Abner Boucard, considéré déjà comme un fleuron de la faculté.

Il intégrera plus tard une résidence en chirurgie générale à l'Université d'État d'Haïti avant de poursuivre sa formation au St. Clair's Hospital de Manhattan, New York, où il devait décéder en la deuxième année de résidence chirurgicale d'un choc anesthésique lors d'une banale biopsie exérèse d'un ganglion cervical.

La visite de ces aînés avait pour but de nous intégrer à la préparation de la fête des Bleus dont la date bizarrement ne nous fut pas communiquée.

Cette fête des bleus nous fut présentée comme le symbole de la convivialité estudiantine. Ses propos rassurants furent loin d'atténuer notre appréhension concernant ce rite de passage obligatoire que la rumeur entourait toujours d'un halo de mystère.

Deux semaines plus tard, nous nous apprêtions à plier bagage après le dernier cours du jour, quand les portes de notre salle de classe claquèrent brutalement, fermées hermétiquement de l'extérieur

Il était six heures du soir, et le soleil était déjà couché. Le rideau allait se lever sur l’initiation, tant redoutée.

Le chef d’orchestre, notre aimable aîné de la quatrième année, pouvait se métamorphoser en exécuteur des hautes œuvres. Ce fut un bizutage en règle, assuré de main de maître par des experts blanchis sous le harnais. 

Je n'entrerai pas dans les détails qui relèvent de notre franc-maçonnerie médicale estudiantine et dont vous devez vous souvenir, consœurs et confrères. Disons simplement, pour les profanes, que le point d'orgue fut le voyage terrifiant dans l'allée des macchabées, véritable corridor de la mort, dont des cadavres jonchaient le sol, les bras raidis dans l'immobilité sépulcrale et redressés de force dans des postures grotesques par nos bourreaux et leurs aides, et dont les mains glacées aux doigts gercés venaient nous effleurer le visage, la poitrine ou plus bas pour une caresse furtive inattendue, insolite ou franchement incongrue. Tout cela dans l'obscurité la plus complète.

Les plus belles filles de la promotion, identifiée depuis l'admission, eurent droit à une attention particulière. Dont elles sortirent cheveux ébouriffés, blouse maculée de formol et parfois larmes aux yeux. Leur superbe des premiers jours avait disparu, liquéfié et dompté par une rencontre du troisième type. Les 156 étudiants « pécébetaires » (POCO BON) que nous étions, venaient d'être initiés à une cadence infernale au monde universitaire.

Nous n'étions plus les intrus suspects, infiltrés dans le temple d'Esculape. Nous étions devenus, à marche forcée, de vrais étudiants en médecine, presque bons, dignes du respect et de la considération de nos aînés. Notre apprentissage des sciences médicales pouvait vraiment commencer.

Je vais tenter de résumer, dans les derniers moments qui me sont alloués, les points saillants qui m'ont manqué à la faculté. Ces réflexions sont très influencées par mon biais personnel et sont marquées de mon sceau intime et seulement du mien. Elles ne reflètent donc point l’expérience des autres.

La première année académique fut pour moi une expérience extrêmement dure, extrêmement choquante, mais finalement extrêmement gratifiante. Je n'hésite pas à la considérer comme un choc culturel et philosophique, bref, un saut qualitatif.

Je venais de terminer treize années de scolarité primaire et secondaire dans une autre alma mater, un établissement où les maîtres mots étaient discipline et ordre. La seconde préoccupation était la compétition verticale vers les sommets. La discipline est à la fois féroce et impitoyable. L'institution est un géré comme une académie militaire. La moindre fraction volontaire est sévèrement sanctionnée. Seul le premier lauréat de la promotion avait droit aux félicitations unanimes, les autres élèves étant encouragés à l'imiter et, si possible, à le supplanter, pourquoi pas?

Aux compétitions sportives, une seule médaille était fièrement arborée, l'or. L'argent et le bronze étant de regrettables consolations. "Être surpris à tricher aux examens n'avait pas besoin d'être puni, car représentant aux yeux du coupable une humiliation suprême, presque une marque d'infamie. Nos maîtres fixaient la barre au plus haut niveau.

Le fait d’être pris en train de tricher à l’examen suffisait amplement comme punition, car cela était perçu comme une humiliation suprême, presque une marque d’infamie. Nos maîtres plaçaient ainsi la barre au plus haut niveau. Avec de tels prémisses, mon arrivée à la faculté me projetait rapidement dans un monde dérangeant avec des habitudes nouvelles pour moi. Un monde dérangeant, peut-être, mais également un monde fascinant et addictif pour ce que j'y découvrais de nouveau.

J'ai identifié rapidement mes trois cours de prédilection. Ce fut d'abord la zoologie, magistralement enseignée par le professeur Robert Cornet, qui préparait en Haïti sa thèse d'agrégation comme l'avaient fait avant lui des plus grands noms de la parasitologie française et de la médecine tropicale, le professeur Marc Gentilini, et comme le ferait plus tard le professeur Christian Raccurt, qui a fait d'Haïti sa deuxième patrie. Ce cours apparemment éloigné de la médecine moderne a laissé chez moi une trace indélébile. il m'a appris à comprendre la théorie cellulaire des êtres vivants, animaux ou végétaux, depuis l'humble paramécie unicellulaire jusqu'au formidable Homo sapiens sapiens que nous sommes.

Je ne fus plus surpris par la suite de voir que le foie du détestable rat Rattus rattus n'avait que des changements mineurs par rapport aux nôtres. Et, que dire du cœur d’un animal honni dans certaines cultures et méprisé dans la littérature, comme le malheureux cochon? Son cœur est identique au nôtre.

Mon deuxième cours de prédilection fut la biologie animale que prolongeait harmonieusement la leçon du professeur Cornell. Le troisième cours était la génétique, enseigné par notre inoubliable Frédéric Kébreau, Master Keb pour ses étudiants. Il nous montra comment la zoologie, la biologie animale et la génétique ne faisaient qu'une seule et même discipline dictée par les chromosomes et les hasards de l'évolution des espèces."

Nous comprimes que l'adaptation est lente et progressive à l'environnement, les mutations brutales d'origines diverses, l'hérédité des caractères acquis au cours de dizaines de millions d'années géraient le vivant pour le meilleur ou pour le pire.

Rappelez-vous, consœurs et confrères de nos réactions enthousiastes à l'évocation des travaux du moine Grégoire Mendel sur le petit pois Pisum sativum, ancêtre de la découverte si importante au microscope des chromosomes géants de la mouche Drosophilia melanogaster.

Vous comprenez pourquoi j’ai commencé par dire que la première année académique, soi-disant “POCO Bon, avait été une révélation culturelle et philosophique pour moi. Nulle année subséquente ne m’a autant marqué.

De plus, la première année ne m’a pas seulement permis de me familiariser avec d’autres camarades porteurs d’autres cultures, et d’autres valeurs. Elle m’a également appris à déprogrammer et reprogrammer un cerveau déjà conditionné: à le rebouter, comme on dit en Informatique. Elle m'a appris à réfléchir autrement, de manière moins cartésienne et dogmatique. Elle m'a donné d'autres yeux pour voir, comprendre et réagir au monde extérieur.

Les cinq années suivantes, jusqu'à l'internat, nous aident à mieux connaître nos camarades de promotion et à mieux les apprécier. Elles eurent également pour nous tous leurs moments de crainte, d'angoisse, de profonde tristesse et heureusement aussi de soulagement libérateur, comme par exemple lors d'un examen particulièrement réussi.

À cette époque, mes chers amis, tous les examens comptaient : l’écrit, déjà stressant, l’oral, redouté, et souvent la pratique, toujours incertaine et inquiétante. Dois-je rappeler particulièrement la terrible deuxième année académique, dominée par l'anatomie humaine, pourtant si inhumaine à maîtriser, marquée par la personnalité écrasante, oppressive, mais finalement envoûtante, du professeur titulaire, notre très cher Robert Germain?

Nous regrettons tous aujourd’hui l’absence de Bob parmi nous, pour cause de maladie. D’une rigueur frisant la dureté, sa grande compétence et son impartialité exemplaire lors des examens oraux et pratiques lui valaient le respect de tous ses étudiants. Je ne crois pas me tromper en disant que, de tous les professeurs de la faculté, il est celui qui nous a le plus marqués, rassemblant sur sa tête tous les superlatifs, honneur redoutable pour ceux qui détestent la médiocrité et font de l’excellence le seul chemin à suivre.

Je serai bref sur l'internat au moment de nos études médicales. La médecine interne, dont je ferai plus tard ma spécialité, me fut inspirée par le chef du service, le professeur Franz Médard, dont je retiendrai toujours la vaste érudition et surtout l'empressement compulsif à partager tout son savoir avec ses étudiants.

Il était pour moi le Teacher par excellence.

Je lui dois ma passion pour l’enseignement, en salle de classe ou au pied du lit du malade, et, pendant mes années d’études aux États-Unis, je n’ai pas trouvé meilleur que lui dans l’art de transmettre, sans traumatiser.

À côté de la médecine interne, j'ai retenu deux autres services pour leur capacité réputée justifiée à stresser les internes, à les faire bouillir, transpirer et maigrir involontairement. Ce furent la chirurgie et surtout l'obstétrique, avec sa meurtrière salle d'accouchement

"Chers carnavals de la promotion et amis des bons et des mauvais jours, je suis à la fin de ma rétrospective.

Faut-il dresser un bilan? Si mes souvenirs sont exacts, nous eûmes à déplorer quelques décès en cours de route.

Le premier à nous abandonner, et dont malheureusement j'ai oublié le nom, mourut lors du cyclone Cléo en août 1964 et qui entraîna plus de 8000 morts.

Le deuxième à partir fut notre camarade Sony Saint-Fleur en 1966. Il avait 23 ans quand il fut emporté brutalement, en quelques heures, par une hémorragie cérébrale massive, lors d’une crise hypertensive, avec une tension artérielle de 260 par 150 mm de mercure. 

On l'accompagnâmes à pied, en cortège avec nos blouses d'étudiants, dans les rues jusqu'au cimetière où l'oraison funèbre, combien émouvante, fut prononcée par l'un des nôtres, l'étudiant Serge Conille.

Deux autres camarades manquèrent finalement à l'appel en 1967. Nous étions en quatrième année académique quand ces deux amis de route disparurent sans laisser de traces, morts sans sépulture, engloutis dans la nuit et le brouillard. Nous comprîmes rapidement que, comme dans le récit mythologique, une fois de plus, Saturne avait dévoré ses propres enfants.

Vint enfin le 5 août 1979. En ce jour mémorable entre tous et a marqué, comme on dit, d'une pierre blanche l'aventure entamée le 7 octobre 1963, connue pour nous une étape glorieuse.

Les 176 étudiants du départ étaient déjà réduits à 70 lors du passage à la deuxième année académique. Notre promotion enregistre une cinquantaine d'adhésions supplémentaires à ce moment précis où nous rejoignîmes de nouveaux camarades qui avaient trébuché en cours de route. Le 5 août 1969, nous fûmes 53 à défiler, somptueusement drapés dans nos toches blanches et vertes, couleurs de notre Alma Mater.

La cérémonie grandiose se déroula à l'auditorium Atlantis du Champ-de-Mars, qui venait d'être inauguré. Une nouvelle aventure commençait et nous étions pleins de rêves et bien décidés à transcender les défis futurs.

Plusieurs d'entre nous sont déjà partis pour l'éternité. Le décès le plus précoce fut celui de Daniel Lefebvre qui nous laissa au tout début de sa résidence médicale, fin 1969, fauché également par une hémorragie cérébrale hypertensive. Notre dernière perte concerne Jode Pierre, décédé très récemment le 9 mai 2019 à l'âge de 79 ans d'une complication aiguë du diabète.

Ces camarades nous ont simplement précédés de peu, car notre rythme de passage devrait logiquement s'accélérer. Autre paragraphe. Il m'est désagréable de parler de statistiques arbitraires en ce jour de fête, mais nous sommes bien placés, nous médecins, pour savoir que nous ne sommes que des survivants en roue libre, comme nous aimons dire chez nous.

Chers camarades de promotion, ces dernières considérations plutôt macabres ne doivent pas nous en effrayer et nous l'avons voulu ainsi en choisissant notre profession. J'étais le benjamin de la promotion à 24 ans en 1969. Cela signifie que j'en ai 74 aujourd'hui et que je fais partie d'un groupe très à risque. À titre d'exemple, je ne suis éligible à nulle part pour souscrire une assurance vie et santé. Au seuil de la troisième décade, les causes de mort sont les suivantes

Vous et moi, nous avons 70% de chances, ou de devoir, de mourir d'un accident occlusif ou rythmique artériel causé par trois maladies :

1- l'hypertension artérielle,

2- le diabète,

3- la dyslipidémie par « hypercholestérol ».

Ces trois pathologies guettent en permanence notre cœur et notre cerveau pour les fusiller sans autre forme de procès.

Vous et moi, nous avons 20% de possibilités de mourir d'un cancer prostate colon prioritairement chez les hommes, utérus et en Haïti chez les femmes. Utérus et sein en Haïti chez les femmes. Je reprends, utérus et sein en Haïti chez les femmes. Autre paragraphe. Cela fait pour nous, citoyens du troisième âge avancé, un total de 90% de causes de décès probables. Les 10% restants englobant les centaines d'autres pathologies décrites dans nos manuels de référence. Nous connaissons donc nos principaux ennemis et nous pourrons les contrer.

Je vous remercie de votre attention et de votre patience.

Dr. Jean-Robert Maturin."

5 août 2019, Hinche, Haïti

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